Quelle Pive!

Autant dire qu’ils ont le goût des (bons) mots! Derrière le visage de Paulette éditrice se cachent les cofondateurs du collectif littéraire AJAR, Noémi Schaub et Guy Chevalley. Lorsque le duo reprend les rênes de la petite maison d’édition lausannoise, en 2015, c’est avec la ferme intention d’appréhender les livres autrement, quitte à passer pour un ovni dans le paysage éditorial romand…

Comment décririez-vous le monde de l’édition aujourd’hui?
En Suisse romande, les éditeurs sont en train de prendre conscience que faire de bons livres ne suffit plus. C’est sans doute un constat violent pour la génération d’éditeurs en place, mais beaucoup plus évident pour la nouvelle. Ça concerne aussi bien l’objet graphique «livre», jusqu’ici un peu tristounet dans l’espace francophone, que l’évènementiel. Les couvertures sont nettement plus travaillées et les salons et vernissages se multiplient. Il y a une sorte de réveil à se dire que la littérature suisse fonctionne, et qu’elle est susceptible de s’exporter si elle est bien présentée.

Est-ce que cela sous-entend qu’un éditeur doit aussi avoir une identité forte, un univers particulier?
Dans le cas de Paulette, c’est vraiment une donnée de départ inhérente au projet. Nous avions vraiment envie de concevoir un autre modèle éditorial, responsable, et ne pas rater le rapport de confiance qui nous lie aux lecteurs et aux auteurs. Avec les Pives, nous espérons avoir relevé le défi! En tout cas, la collection a un socle commun: proposer des fictions courtes, à forte personnalité, dans un format qui tient dans une poche, graphiquement soigné et diffusé sur abonnement de 3 ou 6 Pives par an.

Quel est l’intérêt de cette formule?
D’abord créer la surprise puisque le lecteur ne sait jamais ce qu’il va recevoir! Ça génère un peu d’addiction… Dépasser la nouvelle sans atteindre le stade du roman provoque une petite frustration. On se dit: «Tiens, j’en aurais bien lu plus… mais c’est peut-être mieux comme ça.» Les Pives se dégustent comme des bonbons. Ensuite, la formule d’abonnement permet d’effectuer un tirage au plus près de la demande, ce qui est vital si on veut fabriquer des livres en Suisse et pas en Bulgarie! Il nous paraissait aussi logique de réinjecter les subventions qui nous sont accordées dans l’économie locale.

Que faut-il à un texte pour qu’il vous séduise?
Le premier incontournable, c’est sa taille. Il est nécessairement court. Ensuite, il doit avoir une personnalité forte. Le genre importe peu, on peut éditer de la poésie, un essai piquant, une fiction littéraire, ou du théâtre. Mais le texte doit avoir une personnalité qu’on garde en mémoire et ne pas se contenter d’une lecture transparente.

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin?
Se dire qu’on a l’occasion de distiller une goutte de ce qu’on pense être intéressant dans le monde.

Avec le recul, diriez-vous qu’il fallait être givrés ou passionnés pour se lancer dans cette aventure?
Probablement les deux! L’avantage avec nous, c’est que l’un est passionné et l’autre un peu givrée…


2008: Guy et Noémi se croisent au Prix du jeune écrivain de langue française. «C’est seulement dans l’avion du retour que nous faisions vraiment connaissance.»
2015: Le projet éditorial de Paulette prend forme à Bruxelles. «Hasard ou pas, on s’est retrouvés enfermés dans le musée de l’anticapitalisme, alors qu’on souhaitait créer un modèle alternatif!»
2016: Publication des premières Pives. «On a senti le poids d’une grosse responsabilité vis-à-vis des auteurs.»
2026: C’est la 60e Pive. «Peut-être la Pive d’or confiée à un auteur inconnu avec laquelle il fait un triomphe!» www.paulette-editrice.ch